Quand la diplomatie trébuche sur les chiffres : rectificatif nécessaire après la sortie de Ruth Anne Stevens-Klitz
Invitée de Babacar Fall et Georges Dethie, Ruth Anne Stevens-Klitz, conseillère aux affaires publiques à l’Ambassade des États-Unis à Dakar, a affirmé que « seulement 15 % des étudiants sénégalais restent aux États-Unis après leurs études ». Une déclaration qui a visiblement surpris les journalistes présents — à juste titre.
Car en vérité, ce chiffre de 15 % ne reflète pas la réalité migratoire étudiante post-formation, ni aux États-Unis, ni pour ce qui concerne les étudiants africains ou sénégalais. À titre de comparaison, plus de 80 % des étudiants originaires d’Inde, de Chine ou d’Asie en général s’installent durablement sur le sol américain après leurs études. Ils intègrent le marché du travail, s’installent dans les grandes métropoles ou poursuivent leur parcours académique.
La vérité, c’est que Mme Stevens-Klitz s’est sans doute simplement trompée dans son propos. Il aurait été plus juste de dire que seulement 15 % des étudiants sénégalais reviennent au pays après leur formation – et non l’inverse. Et parmi ces 15 %, une majorité sont en réalité des professionnels envoyés pour des programmes courts, des spécialisations de quelques mois à deux ans, souvent financés par des organismes internationaux, des banques ou des institutions de développement. Ce sont rarement des étudiants venus de leur propre chef dans le cadre d’un cycle universitaire classique.
Cette confusion est plus qu’un simple lapsus : elle contribue à entretenir une image déformée de la réalité migratoire et des dynamiques de fuite des cerveaux, un sujet particulièrement sensible pour les pays en développement comme le Sénégal. Si rectifier est un devoir, comprendre les causes profondes l’est encore plus : manque de perspectives, instabilité économique, déficit d’infrastructures universitaires… Autant de raisons qui poussent les jeunes à rester là où leurs compétences sont mieux valorisées






