.Quand Pierre Chabot dévoile l’envers d’un fiasco diplomatique sénégalais – mon analyse ………………………………………………………………………. Diplomatie à la dérive : le naufrage silencieux de l’État Faye
Par-delà les slogans patriotiques et les envolées sur la souveraineté, la diplomatie sénégalaise, depuis l’arrivée de Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, navigue à vue. Et le bateau prend l’eau de toutes parts.
Il y a des échecs qui révèlent bien plus que des erreurs de casting. Ce qui s’est passé à Abuja, lors du dernier sommet de la CEDEAO, est un acte politique lourd de sens : le Sénégal, pourtant moteur historique de l’intégration ouest-africaine, s’est vu humilié, marginalisé, mis à l’écart. Le président Diomaye Faye, convaincu que la présidence de l’organisation régionale lui revenait de droit, s’est retrouvé isolé, contredit, trahi même par ses pairs francophones. La Sierra Leone a raflé la mise. Dakar a perdu la face.
Mais cet échec n’est pas un accident. Il s’inscrit dans une série de revers inquiétants qui témoignent d’une chose : le régime Faye–Sonko n’est pas à la hauteur de la scène internationale.
Diplomatie improvisée, appareil désarticulé
Depuis son élection, Bassirou Diomaye Faye donne l’image d’un président replié sur sa bulle idéologique, méfiant envers les corps diplomatiques, et incapable de construire une politique étrangère cohérente. À sa droite, un Premier ministre en roue libre qui se prend pour un ministre des Affaires étrangères bis, multipliant les tournées, parfois sans coordination ni mandat clair. À sa gauche, une diplomatie officielle affaiblie, démobilisée, silencieuse.
Résultat ? … Le Sénégal a perdu sa place au Conseil des droits de l’homme de l’ONU par incompétence pure — même pas de candidature déposée. La CEDEAO lui échappe. L’Alliance des États du Sahel lui claque la porte au nez. Et la Banque africaine de développement a infligé une gifle cuisante à Amadou Hott, candidat sénégalais, qui a terminé à une piteuse troisième place, faute de soutien efficace. Qui pilote cette diplomatie ? Qui en fixe le cap ? Nul ne sait. Peut-être personne.
Un pouvoir en représentation, pas en action
On nous avait promis un État stratège. On découvre un État amateur. Le duo Faye–Sonko a brillé par ses postures et ses discours. Mais dans les cercles du pouvoir continental, ce ne sont ni les tweets ni les slogans souverainistes qui pèsent. Ce sont les alliances, les rapports de force, les réseaux, la constance. Or, tout cela manque cruellement à l’équipe au pouvoir.
Au lieu de s’appuyer sur l’expérience de diplomates chevronnés, le nouveau régime les a marginalisés, parfois humiliés. Au lieu de rassembler, il divise jusque dans ses rangs. Le cas Hott est emblématique : soutenu du bout des lèvres, défendu mollement, sacrifié peut-être pour des calculs opaques. À quoi bon annoncer des ambitions panafricaines si l’on sabote soi-même ses propres candidatures ?
La rupture avec la CEDEAO : entre myopie et orgueil.
Le sommet d’Abuja devait être un tournant. Il s’est transformé en désaveu. Faye s’y est comporté non comme un stratège, mais comme un homme blessé, persuadé que le pouvoir régional lui était « dû ». Or, la diplomatie ne connaît ni la logique de victime ni celle du mérite. Elle obéit aux règles du jeu, même cruelles. Et ce jeu, Faye n’en maîtrise encore ni les codes, ni les acteurs.
Pire encore, l’épisode aura montré que le Sénégal n’a plus de leadership régional clair. Ses voisins francophones le lâchent. Ses homologues anglophones l’ignorent. Même ceux qui, hier encore, voyaient en Dakar une voix forte et respectée, s’en détournent.
Un échec qui en annonce d’autres
Si cette déroute diplomatique ne provoque pas une remise en question profonde, elle risque d’annoncer un déclin durable. Un Sénégal affaibli sur la scène africaine, sans levier ni relais, n’aura que peu de poids dans les grandes négociations économiques, sécuritaires, ou géopolitiques à venir. Et cela, dans un contexte où les défis régionaux n’ont jamais été aussi pressants.
Il est temps que le président revienne à l’essentiel. Le monde ne l’attendra pas. L’Afrique non plus. Gouverner un pays ne se résume pas à des slogans de rupture. Cela exige de l’humilité, de la méthode, et un sens aigu des équilibres. Ce que la diplomatie sénégalaise n’a pas, aujourd’hui, sous l’ère Faye..





