Le Chemin de l’Espoir. Pourquoi la France organise-t-elle des sommets avec des pays africains anglophones.

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Le Chemin de l’Espoir. Pourquoi la France organise-t-elle des sommets avec des pays africains anglophones.
La question peut sembler anodine, mais elle est au cœur d’une stratégie d’influence que la France déploie depuis des décennies en Afrique. Comment conserver une place centrale sur le continent, même auprès des pays qui n’ont jamais été ses colonies. La réponse est simple : en instrumentalisant la diplomatie, l’économie et les divisions africaines pour empêcher l’émergence d’une Afrique unie et souveraine.
La France n’a jamais caché son ambition de rester la puissance européenne dominante en Afrique, même après les indépendances. Mais comment expliquer qu’elle organise des sommets avec des pays comme le Ghana, le Nigeria ou le Kenya, des anciennes colonies britanniques.

La peur de l’isolement.
Avec la montée des critiques contre la Françafrique et l’expulsion des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris a compris qu’elle ne pouvait plus compter uniquement sur ses anciennes colonies. Elle doit élargir son réseau d’alliés en Afrique, y compris parmi les pays anglophones, pour éviter de perdre totalement son influence.

Le soft power français.
La France mise sur sa diplomatie culturelle, ses Alliances françaises, ses lycées français, son aide au développement et ses investissements économiques pour séduire ces pays. Au Ghana, la France finance des projets d’infrastructures et de transition énergétique. Au Nigeria, TotalEnergies est un acteur majeur dans le secteur pétrolier. Au Kenya, des entreprises françaises comme Orange ou Vinci sont très présentes.

Diviser pour mieux régner.
En s’immisçant dans les affaires des pays anglophones, la France affaiblit les dynamiques régionales qui pourraient menacer ses intérêts. Elle cherche à contrer l’influence du Nigeria ou de l’Afrique du Sud, qui pourraient promouvoir des alternatives au modèle franco-africain.

Un sommet France-Afrique : un outil de légitimation. Le sommet France-Afrique n’est pas un simple rassemblement diplomatique. C’est un outil de communication politique pour donner l’illusion d’un partenariat équilibré. En invitant des dirigeants africains, y compris anglophones, la France se présente comme un partenaire incontournable pour toute l’Afrique.

Marginaliser les autres puissances européennes. Pourquoi l’Allemagne, l’Espagne ou le Portugal n’organisent-ils pas de tels sommets. Parce que la France monopolise le dialogue avec l’Afrique au nom de l’Europe, alors qu’elle n’en a pas le mandat.
Contrer les nouvelles influences. Face à la montée en puissance de la Chine, de la Turquie ou des Émirats arabes unis en Afrique, la France utilise ces sommets pour rappeler son rôle historique et économique.
Pourquoi pas un sommet Europe-Afrique. La réponse est évidente : parce que cela affaiblirait la position dominante de la France.

L’Europe est divisée sur l’Afrique. L’Allemagne privilégie une approche économique et technique. L’Espagne et le Portugal ont leurs propres liens historiques avec l’Afrique lusophone. Les pays de l’Europe de l’Est s’intéressent de plus en plus à l’Afrique, mais sans la même histoire coloniale. Un sommet Europe-Afrique forcerait la France à partager la scène avec d’autres pays européens, ce qu’elle refuse catégoriquement.

L’Afrique mérite mieux qu’un dialogue bilatéral avec un seul pays européen. Un sommet Europe-Afrique permettrait une négociation plus équilibrée, une approche plus cohérente sur des sujets comme la migration, le climat ou le commerce et une réduction de la dépendance vis-à-vis de la France.

Que doit faire le Sénégal (et l’Afrique).
Face à cette stratégie française, l’Afrique ne doit pas se laisser diviser. Exiger un sommet Europe-Afrique. Le Sénégal, en tant que membre de l’Union africaine et de la CEDEAO, doit pousser pour que les sommets avec l’Europe soient organisés collectivement, et non bilatéralement avec la France. L’Afrique doit parler d’une seule voix.

Renforcer les coopérations Sud-Sud. Développer des partenariats avec les pays africains anglophones sans passer par la France. Travailler avec les BRICS pour diversifier nos alliances. Créer une monnaie africaine commune pour réduire la dépendance au FCFA et à l’euro.
Dénoncer les doubles standards. Pourquoi la France critique-t-elle la présence russe ou chinoise en Afrique, alors qu’elle-même maintient des bases militaires et une influence économique démesurée.

Pourquoi les médias français diabolisent-ils les accords africains avec la Russie ou la Turquie, alors qu’ils ferment les yeux sur les contrats inégaux signés avec des entreprises françaises.
Investir dans notre propre narration. Créer des médias panafricains pour contrer la désinformation et promouvoir une vision africaine des enjeux. Éduquer notre jeunesse sur l’histoire réelle de l’Afrique, au-delà du récit colonial français.

L’Afrique n’est pas un champ de bataille pour les puissances étrangères. La France organise des sommets avec des pays africains anglophones parce qu’elle a peur de perdre son influence. Mais cette stratégie ne sert pas l’Afrique. Elle nous divise, nous affaiblit et nous empêche de construire notre propre avenir.

Le Sénégal, sous l’impulsion du Parti NADEMS et de la coalition xarnubi, doit prendre la tête d’un mouvement pour une Afrique unie, souveraine et respectée. Une Afrique qui ne se contente pas d’être un terrain de jeu pour les puissances étrangères, mais qui décide elle-même de son destin.

Notre message est clair. Non à la Françafrique, sous toutes ses formes. Oui à une coopération équilibrée avec la France, mais dans le cadre d’un dialogue Europe-Afrique. Oui à une Afrique forte, unie et maître de son développement. Par Samba Kara NDIAYE