Al Amine Lo : Buki est la Bête à abattre

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Dans l’imaginaire populaire wolof, « buki » – hyène en français – est un animal dévoreur que tout le monde craint pour son caractère, rapace, répugnant et cynique.

Et ce mot «buki »
est apparu dans la déclaration de politique générale du premier ministre Al Amine Lo, qui renchérit avec l’expression « Les sénégalais sont fatigués ».

Si tous nos gouvernants étaient véritablement conscients de la profondeur de ce cri de coeur, ils n’allaient pas plus polémiquer sur les observations et manquements à faire sur la DPG du premier ministre mais pourquoi « Les sénégalais sont aussi fatigués » ?

Parce que tout simplement depuis le régime de Senghor en passant par Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall jusqu’au régime actuel du président Diomaye, le Sénégal n’a jamais eu un excédent budgétaire.

Le pays a toujours fonctionné en mode “Sul buki sulli buki”.

En fin de compte, soyons unanimes que c’est buki le véritable problème du pays.

Avant et après les indépendances, l’Etat du Sénégal et plus de la moitié de la population ont toujours nagé dans l’éternel recommencement c’est-à-dire le colmatage de la survie.

Nous avons toujours eu un Etat qui s’endette pour payer ses dettes car n’ayant pas assez de recettes, faute d’un système productif très limité et mal structuré donc mal organisé.

En conséquence : cet État s’asphyxie tout le temps car n’ayant pas beaucoup de marges de manœuvres pour financer ses services. Il est toujours en mode survie en gérant juste son fonctionnement, payer les salaires de ses agents, financer quelques grands et moyens projets et urgences sociales, le tout assurés à majorité grâce à la dette.

Et pendant ce temps les urgences s’accumulent. La dette assure mais en même temps elle étouffe.

Les créanciers, quant à eux, surveillent leurs investissements comme du lait sur le feu. Aucun débordement ne sera permis avec leurs sous.

Ils observent et analysent chacun de nos faits, gestes et propos. Ils paniquent lorsque le pays est sous dérives politico-sociales et tensions économiques. C’est ce moment qu’ils choisissent pour envoyer leurs agences de notation dégrader notre note mettant en jeu la crédibilité et la solvabilité du pays.

Idem pour les populations à majorité vulnérables.
Tous ces citoyens sénégalais qui souffrent pour des raisons diverses et qui sont toujours en mode “Sul buki sulli buki”.

Le premier ministre Al Amine Lo lui-même n’a-t-il pas dit que plus de 40% de la population sénégalaise est pauvre ? Ce taux est très interpellateur pour la citoyenne observatrice que je suis. Et ce cri de coeur : “les sénégalais sont très fatigués” est encore plus révélateur lorsque le premier ministre fait allusion aux jeunes diplômés ou non diplômés impuissants devant leurs propres besoins, aux malades sans prise en charge adéquate, à la maman devant son enfant malnutri, aux pères de famille sans dépense, aux retraités avec une pension modique, à ceux qui pataugent dans les zones inondées, aux salariés qui commencent à compter son salaire face aux échéances à honorer, aux travailleurs de l’informel cherchant de quoi couvrir sa dignité, à la femme rurale vivant dans la précarité, aux parents pauvres inquiets de l’avenir incertain de leurs enfants, aux sénégalais de la diaspora alliant la précarité de la vie à l’étranger et les dépenses qu’il faut assurer au pays, aux jeunes désemparés mettant en jeu leur vie dans l’océan pour un eldorado imaginaire, sans oublier tous les malades faute de moyens pour se soigner correctement et les prisonniers en détention provisoire sans la moindre information sur quand démarrera l’instruction de leurs dossiers et surtout sans aucun moyen pour se payer un avocat.

Ce qui veut dire que cette population sénégalaise a toujours été dans l’éternel mode de survie. Elle gère son quotidien avec difficultés et résilience.

Et à analyser et à observer tout cela de près, l’on se rend compte que FMI n’est pas le problème mais plutôt cet animal dévoreur qui demeure l’ennemi commun de l’Etat et du peuple.

Monsieur le premier ministre, «Buki» est la Bête à abattre ‼️

Aujourd’hui, la question nationale qui demeure essentielle est la suivante : quelles stratégies et quelles solutions penser pour que ni l’Etat ni le peuple n’aient plus affaire avec buki ?

Comment libérer au maximum les forces citoyennes et les énergies créatives pour tuer définitivement “buki le dévoreur” du fruit de notre labeur individuel ou collectif
?

Tout le débat devrait ce situer à ce niveau.

Et seul un narratif fédérateur et constructif à la place d’un narratif diffamatoire, clivant, radical et populiste pourrait nous aider à venir bout de la terreur de buki qui dévore nos vies, notre quête de souveraineté depuis les indépendances et qui menace notre cohésion sociale.

Donc le véritable défi est de savoir quel leadership collectif capable de faire taire les clivages et donner de l’énergie combative à l’Etat et au peuple ?

Il y a un temps pour la politique. Il y’a un temps pour le travail.
Arrêtons la politique et attelons-nous à relever les défis qui vont nous sortir du mode de survie.

Organisons-nous et travaillons durement pour enfin pouvoir nous libérer de la terreur de buki. Car dans tout les cas, l’idéal commun reste le même : tout les sénégalais aspirent à une vie meilleure.

Nous donner la main et nous soutenir.

Merci Pape Ale Niang de m’avoir inspirée à rédiger cette tribune.

Comme vous l’avez si bien dit – devant une telle situation catastrophique avec des responsabilités partagées de part et d’autre – : « Il appartient désormais aux acteurs politiques, aux institutions, à la société civile et à l’ensemble des citoyens de contribuer, chacun à son niveau, à l’effort national».

À mon humble avis, c’est l’ultime solution pour sortir de l’impasse. Toute autre voie empruntée sera fatale pour le Sénégal.

One love
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PlumeCitoyenne
MaremKANTE
Mercredi 9 septembre 2026