Le théorème de l’imposture à géométrie variable

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Le théorème de l’imposture à géométrie variable

Par Amadou Moustapha Gaye.

Le Professeur Mary Teuw Niane vient de publier une tribune d’une profondeur philosophique rare sur « l’imposture » en politique. Un texte sublime, presque shakespearien, où il dépeint avec la précision d’un horloger la trajectoire des faux messies, des gourous modernes et du culte de la personnalité qui mène tout droit au totalitarisme. À la lecture de ce chef-d’œuvre, une seule formule mathématique vient à l’esprit : la démonstration est parfaite, mais l’inconnue « X » de l’équation n’est peut-être pas celle que le Professeur croit.

En lisant entre les lignes cette brillante charge, chacun aura reconnu, sans qu’il soit besoin de le nommer, la figure d’Ousmane Sonko (MOS). Le mimétisme est saisissant.

Les promesses de violence, le verbe qui intimide, les disciples qui ne réfléchissent plus mais vénèrent, les scandales qui s’accumulent et le mur de la propagande qui commence à se fissurer sous le poids des dures réalités du pouvoir. Le Professeur a raison : le “PASTEEF originel” et sa copie conforme d’aujourd’hui font face au tribunal implacable du temps.

Mais un mystère subsiste. Comment un esprit aussi brillant, un mathématicien de classe internationale, habitué aux démonstrations rigoureuses, a-t-il pu commettre une telle erreur d’analyse pendant des années ? Comment la boussole scientifique du Professeur a-t-elle pu à ce point s’affoler face à ce qu’il qualifie lui-même aujourd’hui « d’imposture » ?
Pour comprendre ce bug algorithmique, il faut remonter l’histoire. C’est le théorème de la frustration politique.

Rappelons-nous : le Professeur fut d’abord le chantre infatigable du régime de Macky Sall. Ministre zélé, il louait la vision du chef… jusqu’au jour fatal où la coalition Benno Bokk Yakaar lui refusa l’investiture à la mairie de Saint-Louis. Subitement, par la magie d’une non-désignation, le régime d’hier devint l’incarnation du mal. C’est alors que la trajectoire du Professeur croisa celle du “Prophète de Khombole “. Du jour au lendemain, MOS devint l’alpha et l’oméga du Professeur. Une rumeur insistante prétendait même que lors des récentes frictions feutrées de l’exécutif, notre mathématicien national calculait déjà ses probabilités pour se ranger sagement derrière le Premier ministre contre le Président Diomaye.
Malheureusement pour lui, le vent du pouvoir tourne plus vite que les pales d’un ventilateur à Dakar. Et c’est là que réside le véritable drame de cette catégorie d’intellectuels sénégalais.

Le Professeur nous parle de valeurs, de morale, de tyrannie et de discernement. Mais la réalité est beaucoup plus terre à terre. Le véritable moteur de cette transhumance de la pensée n’est ni la quête de justice ni l’amour des faits : c’est la quête obsessionnelle du décret. C’est l’attraction gravitationnelle des positions de pouvoir. Quand le gâteau change de mains, l’intellectuel change de dictionnaire. Quand les promesses de postes s’éloignent, le masque de l’allié se fissure pour laisser place au procureur de la République des lettres.

Le texte du Professeur Mary Teuw Niane est donc une immense réussite, mais son plus beau chef-d’œuvre est involontaire. En voulant dresser le portrait-robot de l’imposteur qui abuse du peuple, il a magistralement décrit le miroir de l’intellectuel opportuniste.

Merci, cher Professeur, pour cette leçon de lucidité tardive. Le temps est effectivement un juge implacable : il démasque les faux prophètes, mais il révèle aussi ceux qui ne courent derrière eux que pour ramasser les miettes du pouvoir.