Dette cachée : Et si c’était le prix de la paix sociale ?

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Dette cachée : Et si c’était le prix de la paix sociale ?
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Le rôle d’un Etat ne se limite pas à produire des lois ou à organiser des élections. Sa mission principale, c’est la gestion permanente de la stabilité sociale. Chaque État, à sa manière, doit mobiliser un ensemble de ressources matérielles et financières, de compromis et de concessions afin d’éviter l’explosion de conflits susceptibles de menacer la paix sociale.

Cette quête de stabilité a un coût, souvent invisible, parfois dissimulé dans les replis de la dette publique. D’où la question centrale : la dette publique du Sénégal, dite « cachée » ne constitue-t-elle pas, au fond, le prix de la paix sociale ?

Au Sénégal, le mandat de chaque régime élu au pouvoir n’a pas été de tout repos. De Senghor en passant par Abdou Diouf, Abdoulaye Wade jusqu’à Macky Sall, chaque régime a payé le prix de la paix sociale, par des concessions, des subventions et des transferts, souvent financés hors budget. La gouvernance devient alors un arbitrage permanent entre équilibre budgétaire et stabilité politique.

De 2012 à 2024, le régime de Macky Sall a affronté beaucoup de problèmes économiques, sociaux, politiques, académiques et environnementaux.

SUR LE PLAN ECONOMIQUE, si le pouvoir d’achat a été plus ou moins été élevé, c’est parce que beaucoup de centaines de milliards ont été dépensés dans les subventions par le gouvernement Macky Sall pour maintenir stables, les prix des denrées alimentaires, du carburant et de l’énergie. Ces dépenses alourdissent certes le déficit budgétaire mais néanmoins elles permettent d’éviter la colère populaire face à la vie chère.

Ensuite, nous avons aussi remarqué que des augmentations de salaires ont été faites au niveau de la fonction publique et même des entreprises privées. Elles ont été accordées sous la pression des mouvements syndicalistes. C’est aussi un prix de la paix sociale, qui certes creuse la masse salariale de l’Etat mais fait éviter des grèves qui paralysent le système.

De nombreuses aides sociales ont aussi été accordées aux couches sociales vulnérables. Sur ce plan, le gouvernement Sall a dépensé beaucoup de milliards pour la Bourse de sécurité familiale SANS COMPTER la période de la pandémie de Covid 19 où le gouvernement a débloqué 1000 milliards de francs CFA pour apporter soutien aux entreprises et à toutes les couches de la société.

SUR LE PLAN SOCIAL, l’Etat du Sénégal, n’a eu de cesse d’engager en permanence des négociations avec les étudiants, les transporteurs, les enseignants. Et à chaque négociation, ce sont des milliards de francs CFA qui ont été dépensés en primes, en subventions ou en concessions. Tout cela est un prix à payer pour la stabilité sociale. Surtout en ce qui concerne les étudiants qui sont toujours dans les contestations récurrentes avec l’Etat pour rappeler le paiement des bourses ou revendiquer des aides et subventions pour le campus social.

SUR LE PLAN POLITIQUE, le clientélisme politique est aussi une manière d’acheter la paix sociale. Entre enveloppes et projets octroyés par-ci par-là à certains groupes sociaux. Sans compter la répression utilisée, les concessions accordées aux manifestations et la tolérance dosée devant le pillage des biens publics lors les émeutes de 2021 et 2023, où l’Etat a dû casquer fort pour négocier le dialogue politique afin d’éviter l’effondrement social.

SUR LE PLAN RELIGIEUX, le Sénégal, en raison de sa configuration religieuse singulière, illustre un cas particulier. L’Etat dans son rôle de gardien de la paix sociale, n’a jamais lésiné sur les moyens financiers pour accompagner les cités religieuses, des lieux de culte qui jouent un rôle d’amortisseur social. Beaucoup d’argent leur ont toujours été attribués pour les cérémonies et projets sans compter la rénovation par le régime Macky Sall de presque toutes les cités religieuses du Sénégal.

Toutes ces dépenses ne figurent pas toujours en première ligne du budget officiel, mais elles constituent des lignes de crédit implicites pour garantir la paix sociale.

Pour tous ces motifs, la thèse selon laquelle une partie de la dette sénégalaise est « cachée » ou non consolidée dans les comptes publics pourrait prendre ici tout son sens. Elle ne serait pas le produit d’une mauvaise gestion pure, mais d’un choix politique structurel : emprunter pour éviter l’explosion sociale. Car la paix sociale a un coût. C’est celui des concessions budgétaires, des subventions et des dettes contractées parfois hors bilan.

Plutôt que de réduire le débat à la seule question de soutenabilité financière, il faut donc poser la question du contrat social : jusqu’où une nation peut-elle accepter de s’endetter pour acheter sa stabilité ?

On aura beau réduit les dépenses ou supprimé les subventions, mais tout ce le peuple attend de la part de son gouvernement, c’est renforcer sa confiance en un Etat fort, sa dignité en tant que peuple fier, sa participation citoyenne dans les enjeux et défis essentiels mais également la reconnaissance et la valorisation de son sentiment d’appartenance à ce SÉNÉGAL qui nous est TOUS si cher, chacun à son niveau de vie sociale.
Et quel que soit le plan d’ajustement ou de redressement mis en place, l’essentiel est de veiller au maintien de la stabilité sociale. C’est la mission première d’un Etat soucieux des intérêts ultimes de son peuple.

Soyons fiers de notre vivre-ensemble si particulier, socle de notre contrat social. Comme les régimes précédents, Puisse Dieu donner au gouvernement Diomaye, tous les moyens et ressources nécessaires pour « acheter » la paix sociale. Tout comme la santé, elle n’a pas de prix, mais dans les faits, elle a un coût.

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PlumeCitoyenne
MaremKANTE