[Chronique] OMAR BONGO A PRÔNÉ LE SILENCE DU BRUIT D’ALI BONGO (Par PMT)

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Une caméra en mouvement suit Omar Bongo dans ses petits pas dans son nouveau palais. Il est en face d’une vaste cimaise juste derrière son bureau de travail. Son visage est radieux comme un enfant cadeauté. Il montre à ses visiteurs blancs la fierté qu’il a d’immortaliser ses rencontres en photo avec les différents présidents français depuis De Gaulle. Avec un index en laser et en mouvements sur les poses : « Pompidou, Giscard, Mitterand, Chirac… Et, s’il y’a quelqu’un qui viendrai après, ajoute-t-il, je ne sais pas où est ce que je le mettrai. Je n’ai plus de place ». Gaudriole. 

 Effectivement, en ce début d’été 2007, la France doit choisir entre Nicolas Sarkozy et la socialiste, Ségolène Royal. Donc, Omar Bongo attend les résultas comme tous les français. Mais, il les connait tous. Il connaît tous les hommes politiques français, de gauche ou de droite, sans fards. Mieux, il les soutient avec son pétrole et ses forêts. En retour, plus d’aide, plus de corruption, plus d’assurance, moins d’opposants. La prouesse de Bongo, à la différence d’un militaire sanguinaire comme Sassou Nguesso ou d’un pragmatique froid comme Biya, c’est qu’il est rusé comme un félin. Il ne tire pas de balles. Il ne maltraite personne. Il se contente de distribuer des mallettes d’argent s’il repère un opposant qui lui fait de l’ombre à le rejoindre. Marchandages. Débauchages. Efficacité. Même les français faisaient la queue. Chirac a eu sa part avant d’aller aux présidentielles de 1981. 

Balladur n’a pas eu de chance parce qu’il se croyait être plus intelligent que Bongo. D’ailleurs, personne n’est plus futé que Bongo. Sarkozy l’a compris et il l’appelait papa pour avoir des avances. Le comble : lui, Bongo, a eu le culot de dire que la France sans le Gabon est une voiture sans carburant et que le Gabon sans la France est une voiture sans chauffeur ». Pis, il s’est même ridiculisé reprenant après la formule en grand, disant que « l’Afrique sans la France, c’est une voiture sans chauffeur ; la France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant ». 

Dire que le Gabon ne peut aller sans la France et qu’il la nourrit, le répéter à propos de l’Afrique est juste sidérant. Son fils Ali a repris les mêmes rênes sauf qu’il y’a changement de cocher. Et, quand le cocher change, l’itinéraire peut changer également. 2009, les drapeaux au dessus du lac Anengué sont en berne. Tout le monde est en noir. Le petit père des peuples, doyen des chefs d’Etat africains, rend l’âme. On cherche son remplaçant. Qui ? On retrouve le fils le plus affairiste comme le père mais moins attentif et moins articulé intellectuellement. Arroseur des soirées nocturnes, promoteur de petites artistes féminines, et monteur de coups en tous genres, on lui a fagoté un apparat qu’il n’a pas ; celui d’un chef d’Etat. On s’est trompé. Ouais. L’amateur est devenu vite un pro, un vrai pro. Il fait même mieux les choses que son père. Il tue. Il emprisonne. Il exile. En face, les opposants sont apeurés. Les rares voix dissidentes sortent des rangs du parti au pouvoir, le parti démocratique gabonais. Beaucoup n’osent pas sinon c’est la case-prison pour malversation car à Libreville, tous les politiciens ont mangé dans la soupe du père Bongo.

 Et, manger dans la soupe du père signifie détenir une dette qu’on ne pourra jamais rembourser. Cette dette, c’est celle de donner vie et mort au parti. L’enfer. Mai 2021, le monde entier était stupéfait lorsqu’il découvrit sur une vidéo devant le 10 Downing Street Ali Bongo marcher à pas de loup vers l’entrée comme un zombie. Le premier ministre britannique, Boris Jonhson est visiblement tout penaud et tout peiné. Tout penaud du fait de l’état de santé catastrophique du hôte ; tout peiné d’assister peut être à une brutale tombée des pommes jamais vue dans l’histoire diplomatique contemporaine. Ouf ! Sauvée. Ce soulagement n’a pas épargné les gabonais qui continuent de subir la corruption d’un État centré sur des mensonges et des magouilles. 2016, il a fraudé, tout le monde le sait. Jean Ping n’y pouvait rien. 2023, rebelote, il a fait pareil. 

Les gabonais n’y peuvent rien. Les seuls qui pouvaient faire cesser ces pratiques, ce sont les militaires et ils l’ont fait. Dommage, que les soldats apportent une solution dans ce problème parce qu’en vérité, eux, ils ne peuvent diriger un pays. Ils ne connaissent que la force et le fric. Ali Bongo, lui, qui demandait de faire du bruit pour qu’on le sauve de sa torpeur s’enlise. Il s’enlise maintenant avec les bruits des militaires, avec les cris de joie des populations, avec les pleurs des votants dont on a confisqué le suffrage ; bref, avec la dynastie Bongo. Ali réclame du bruit ; son père Omar prônait le silence. Et, c’est le silence qui conseille le bruit. On lui donne raison car il a toujours fini ses livres avec ceci : « dans toute circonstance, il faut la force du silence ».   

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